Ce thème est centré sur la « fabrique » des villes et des territoires. Entendue ici comme associant la production matérielle, le fonctionnement quotidien et la gouvernance des espaces urbanisés, la notion de « fabrique » invite à une réflexion croisant des analyses relatives aux systèmes d’acteurs et de pouvoirs, aux dispositifs sociotechniques mobilisés et aux constructions territoriales ainsi produites. Plus précisément, on s’interroge dans ce thème sur la manière dont ces systèmes d’action sont bousculés voire transformés par les forces de la mondialisation, les préoccupations environnementales, les tensions socio-économiques, l’émergence de nouvelles pratiques (de mobilité, de convivialité, de consommation), l’évolution des logiques d’action, fonctionnelles et institutionnelles. Ainsi, de nouveaux acteurs privés s’imposent dans les dispositifs d’une action collective qui s’inscrit de manière croissante dans des dispositifs multi-niveaux complexes. Des changements de paradigme transforment la manière dont sont gérées les relations entre les espaces bâtis et leur environnement, suscitant l’émergence d’innovations sociotechniques dont la diffusion s’accompagne en retour de tensions inédites. Des injonctions, comme la réduction de l’empreinte écologique des villes, favorisent la production de connaissances et de principes d’action renouvelés pour penser la fabrique urbaine et ses possibles infléchissements. Face à ces changements, les politiques publiques s’adaptent et les formes dominantes de la régulation évoluent.
On propose d’organiser le questionnement autour de quatre idées principales :
Sur fond de mondialisation économique, on interroge ici la contribution des acteurs du secteur privé à l'élaboration du cadre cognitif et matériel des régions urbaines en cherchant à mieux comprendre les modalités de la (re-)négociation permanente des relations de pouvoir associées à la fabrique des grandes villes.
Les propositions sont invitées à s’intéresser, par exemple, aux questions suivantes :
Quel est le lien entre l'évolution des modalités de financement de la production de la ville et les réorganisations spatiales en cours ? Dans quelle mesure les partenariats public-privé et la participation d’investisseurs aux logiques financières pèsent-ils sur les évolutions architecturales, paysagères et morphologiques des régions métropolitaines ?
Comment les stratégies de lobbying du secteur privé influencent-elles les représentations et les jeux de pouvoir au sein de l'arène politique métropolitaine ? Si elles existent, quelles visions, y compris divergentes, les acteurs du secteur privé promeuvent-ils pour les grandes villes ?
Le questionnement concerne ici l’organisation et les performances des réseaux techniques en relation avec les transformations du cadre d’action et de la demande urbaine en services. Constatant la remise en question (relative) des dispositifs techniques hérités, il s’intéresse à ses éventuels moments de « crise », aux innovations qu’ils suscitent, à leurs effets sur la production et la gestion des espaces urbanisés.
Les propositions pourront aborder, par exemple, l’une des questions suivantes :
En quoi les systèmes centralisés hérités, et modifiés par les réformes de libéralisation et de privatisation, sont-ils in/adaptés aux défis d’un métabolisme urbain plus durable, à la gestion de nouveaux risques, aux évolutions des consommations ? Quelles sont les potentialités des systèmes décentralisés dans ce domaine ? Ces changements se traduisent-ils par une transformation des métiers dans les services urbains ?
L’étalement urbain (résidentiel, économique, logistique…) distend les réseaux techniques et les acteurs, économiques notamment, se dégagent de l'emprise des territoires dans leurs choix de localisation. Il en résulte des croisements d’échelles qui sont bien souvent mal appréhendés par les élus locaux. Quelles sont les adaptations technico-gestionnaires rendues nécessaires par cet étalement, quelles en sont les modalités de gouvernance et de régulation ?
En quoi les nouvelles procédures de concertation et de mise en débat public conduisent-elles à des arbitrages plus équilibrés entre les différentes demandes de services ?
Partant du constat que les processus économiques et sociaux qui formatent les villes ne sont pas principalement déterminés par les frontières institutionnelles, on s’intéressera ici à l’intervention d’acteurs souvent considérés comme étant hors de la « fabrique » urbaine, soit parce qu’ils se situent hors des institutions et des territoires de la ville (conseils généraux), soit parce que, présumés affaiblis, leur action est insuffisamment prise en compte (services déconcentrés de l’Etat). Les domaines d’action publique explorés seront larges (aménagement et urbanisme, transports, développement économique…), invitant à une comparaison à la fois territoriale et sectorielle.
Les propositions pourront emprunter deux voies différentes :
En quoi la ville est-elle « travaillée » par d’autres acteurs que ceux qui sont habituellement convoqués par les recherches portant sur l’action publique urbaine ? Sont-ils porteurs d’un « projet urbain » explicite ou implicite ? Quelle est la place occupée par l’Etat et ses services déconcentrés ?
Sur quels registres ces différentes logiques d’action s’articulent-elles ? Concurrence ? Coopération ? Intervention supplétive… ? Peut-on dégager quelques configurations territoriales de l’ensemble de ces interactions ? Il s’agira ici d’aller au-delà des poncifs habituels en matière de coopération interterritoriale pour enrichir nos grilles de lecture et de compréhension de l’action publique urbaine.
On s’interroge ici sur les changements qui affectent, dans le champ de la recherche et de l’action, la conception des interactions entre sociétés et nature dans un monde où la généralisation du fait urbain place la ville et ses fabricants au cœur de ces relations. Il s’agit d’analyser les trajectoires socio-naturelles des villes, voire les conditions de leur infléchissement.
Les propositions sont invitées à aborder les questions suivantes :
Comment les villes mobilisent-elles les ressources dont elles ont besoin ? Comment les gèrent-elles, les transforment-elles, et les restituent-elles éventuellement à leur environnement proche ou lointain ? En mobilisant quels savoirs, quelles professions ?
Comment les injonctions environnementales (la dématérialisation, la décarbonisation, le facteur 4), voire la « mise sur agenda » du développement durable, transforment-elles, ou pas, l’action urbaine ?
La notion d’expertise renvoie à des acceptions différentes, selon qu’on parle de diagnostic, de conception ou de décision, ou encore selon les contextes ou les domaines. Nous faisons ici le choix de ne pas enfermer cette notion dans une définition précise, mais plutôt de solliciter ses différentes acceptions pour mieux en cerner les évolutions et les enjeux. A cette fin, et sans que cela soit exclusif d’autres approches, nous proposons trois séquences pour rythmer cet atelier :
Cette première séquence traitera de la nature de l’expertise et de sa production (lieux, formes, acteurs…). Convient-il de distinguer une expertise « pratique », pas toujours formalisée (voire formalisable…) et une expertise théorique (rapportée à un corps de connaissances sur un objet plus ou moins complexe) ? ou encore une « activité experte », au sens d’activité spécialisée dans un domaine de compétence (exemple : la conception architecturale) et une activité d’expertise, au sens d’activité d’évaluation savante ? Quels sont plus généralement les rapports entre expertise et recherche (vs rapports bureau d’étude / laboratoire), comment l’expertise évolue-t-elle, comment intègre-t-elle les retours d’expérience, peut-on l’évaluer ? Les travaux portant sur l’histoire des modèles utilisés dans différents secteurs (transport, hydrologie, énergie, construction, aménagement …) pourront être ici mobilisés.
On s’attachera notamment à montrer en quoi les « modèles » produits renvoient au contexte (historique, social,…) dans lequel ils ont été produits et en quoi cela peut en conditionner le champ de pertinence. On s’efforcera de clarifier la question de savoir si certaines approches méthodologiques (par exemple l’expertise collective, telle que formalisée par l’INSERM dans le domaine de la santé, ou encore celle mise en œuvre dans le domaine des transports par les « bureaux d’analyse et d’enquêtes accident »…) permettent ou non de garantir une « éthique » et une objectivité de l’expertise. Peut-on dès lors parler d’une expertise « scientifique » et dans quel sens ? La question de la conception en architecture ou en ingénierie (quel type d’expertise mobiliser pour des objets qui n’ont pas encore d’existence réelle) et des relations entre activité cognitive de conception et activité cognitive d’expertise pourra également être investiguée.
Ces questionnements gagneront à s’appuyer sur une confrontation des pratiques d’expertises et de leurs évolutions à différents niveaux (diagnostic, conception, prévision, décision,…) et dans différents domaines (transport, bâtiment, environnement,…).
L’analyse des modes de production de l’expertise et renvoie à un autre type de questionnement qui structure cette seconde séquence : l’expertise n’est-elle pas en toute hypothèse une forme partielle (réductrice ?) et figée de la connaissance (cf. notamment l’expertise « technico-économique » sollicitée en aménagement du territoire) qui, volontairement ou non, biaiserait, voire préempterait les processus de décisions ? Ne participe-t-elle pas par là dans un système de pouvoir ou de contrôle permettant de donner un alibi technique à des choix qui seraient essentiellement politiques ? Ne s’inscrit-elle pas par nature dans des processus « fil de l’eau », qui excluent toute rupture (avec les idées ou les pratiques dominantes, avec les systèmes ou les pouvoirs en place,…) ? Y a-t-il une « idéologie » de l’expertise. Certaines disciplines (par exemple, le calcul économique classique) ont-elles plus que d’autres alimenté cette idéologie ? La notion même d’expertise n’est-elle pas historiquement connotée? Bref, faut-il opposer expertise et citoyenneté (une expertise technique opposée à une « expertise citoyenne »), ou encore expertise et créativité (l’expert comme gardien de la norme, du bien mais aussi du beau…) ? Ces questionnements renvoient au problème de l’indépendance de l’expert et de sa place dans le processus de décision (cf. la notion d’ « expert instituant »), voire dans la société.
On pourra mobiliser ici les travaux (sociologie des institutions et des acteurs, analyse des politiques publiques…) concernant les processus de décision à différentes échelles en matière de planification. L’utilisation qui tend à se généraliser d’outils numériques d’évaluation ou de simulation, tout en permettant le paramétrage et l’exploration rapide de différentes solutions, ne déplace-t-elle pas le cœur de l’expertise (de l’expertise des objets vers celle des outils) et comment interfère-t-elle dans les rapports compétences / décisions ?
Il paraît également intéressant d’appliquer ce questionnement à un nouveau champ d’investigation, lié aux défis posés aux politiques publiques par la notion de développement durable. La manière dont est ici « convoquée » l’expertise paraît particulièrement intéressante à observer : d’un côté (le Grenelle, la consultation sur le Grand Paris,…), on semble affirmer la primauté de la société civile et du débat en son sein sur les experts patentés : dans le Grenelle, la place des experts est très seconde, voire marginalisée ; dans la consultation sur le Grand Paris, les cabinets d’architecte et les équipes qu’ils ont constitué interviennent plus comme producteurs d’idées visant à alimenter le débat que comme experts de la conception urbaine… N’assiste-t-on pas a contrario (par exemple avec le GIEC, les agences de sécurité sanitaire,…) à une sorte d’ « institutionnalisation » de l’expertise ? (des experts promus au rang d’experts officiels, avec tout ce que cela peut comporter de scientifiquement contestable…).
En matière d’aide à la décision, d’autres méthodologies que celles se référant au calcul économique, plus systémiques, basées sur des approches multi-critères et la prise en compte des points de vue des différents acteurs, ont progressivement émergé. Elles visent notamment à adapter les processus de décisions à des contextes socio-techniques et institutionnels complexes, et à promouvoir des solutions qui puissent s’inscrire dans la « durabilité ».
Dans le domaine de la recherche urbaine, différentes initiatives peuvent être citées qui participent de formes nouvelles de « coproduction des connaissances », tandis que d’autres revendiquent des partenariats « institutions-citoyens » pour promouvoir des programmes de recherche ayant la capacité de prendre en compte la demande sociale dans sa diversité. Dans le domaine de l’environnement, on constate, de manière apparemment convergente, que l’élaboration d’indicateurs de développement durable, à la fois multidimensionnels et territorialisés, représente un enjeu essentiel du processus de territorialisation des instruments de l’ « action aménagiste ». Ne peut-on dès lors suggérer que ces indicateurs soient conçus comme « des construits sociaux et politiques » autant que scientifiques et techniques, placés au centre de la formulation des problèmes, de sorte que leur élaboration deviendrait une étape fondamentale dans la construction même des enjeux de l’action aménagiste…?
Mais comment dans la pratique penser des grilles d’indicateurs ouvertes à tous les acteurs et à leurs différentes problématiques ? Comment assurer leur pragmatisme, afin d’en faire de véritables outils de construction de l’action, de véritables instruments de responsabilisation collective ?... Ce questionnement peut-il (et comment ?) se transposer à d’autres types d’outils (en matière de conception, de planification,…) ? Peut-on, à partir des ces réflexions, appréhender des méthodes d’aide à la décision qui permettraient d’intégrer dans un même processus expertise technique et démocratie participative ?
L’observation et l’analyse de ces différentes évolutions permettent-elles de distinguer certaines lignes de force laissant présager une recomposition en profondeur des rapports au sein du triptyque « experts, décideurs, citoyens » et les chercheurs peuvent-ils contribuer à cette recomposition ?
Deux thèmes majeurs, la contraction du temps et la dilatation des territoires, servent à caractériser les sociétés contemporaines. La généralisation du mouvement, l’accélération du changement, la nécessité de la réflexivité et de la flexibilité, l’omniprésence de l’incertitude, la fin des routines et les comportements de «zapping» sont pointés dans les analyses des pratiques sociales. Le travail ne rythme plus exclusivement nos existences et nos choix de vie ; les localisations du lieu de travail et du lieu de résidence sont de plus en plus indépendantes l’une de l’autre ; les mobilités sont devenues labiles, zigzagantes, « périgrinatrices » ; les villes sont peuplées de personnalités d’individus « hors sols » ou « d'individus trajectoires » engagés dans des relations éphémères.
La vie urbaine se transforme à l’aune des médiateurs de la communication interpersonnelle dont le rôle majeur mérite d’être souligné dans le façonnage du quotidien métropolitain: au cours des 50 dernières années en France, le trafic ferroviaire a été multiplié par 2, les trafics automobiles par 25, le trafic aérien comme le trafic du téléphone vocal par 50. La télévision, Internet et la transmission autonome d’images à distance jouent désormais un rôle fondamental dans l’organisation du travail et des lieux, les modes de vie, les usages du temps, les loisirs quotidiens et l’expression de socialités nouvelles.
La forte croissance de l’interaction humaine et de sa portée n’a en rien ralenti la concentration dans les grandes villes des populations et des activités. Mobilité physique et virtuelle se complètent, le monde se « métropolise », les villes « nœud de réseau » se développent, la métropole s’articule autour de territoires de plus en plus vastes et distants. La mondialisation sélectionne quelques « villes globales » tout comme la métropolisation sélectionne ses activités en les hiérarchisant spatialement par leurs besoins d’accessibilité et leurs capacités stratégiques et financières à se situer à la meilleure place. Les lieux proches des accès aux réseaux à grande maille sont dévalorisés pour la fonction résidentielle par les nuisances locales mais sont d’autant plus intéressants pour les activités qu’ils sont d’une superficie « introuvable », d’une excellente visibilité et en nombre restreint. Leur dimension mono fonctionnelle (les premiers hypermarchés, cités administratives ou campus périphériques) s’estompe peu à peu, et ces espaces privés jouent de plus en plus de rôle dans l’espace public, en se transformant progressivement en lieux de vie, de socialité et de rencontre pour une part importante de la population. Les villes centres, où la concurrence pour l’espace s’exacerbe, « s’embourgeoisent », délaissés par les familles avec enfants et/ou sans ressources suffisantes. La métropolisation renforce la spécialisation fonctionnelle des territoires et des bâtiments, la diversité et l’inégalité sociales et territoriales, et se décline sur le mode du tout-automobile au-delà des murs de la ville d’antan.
Au cours de ces évolutions, les repères bougent, les normes changent, des tensions naissent selon les capacités d’adhésion et de réponses des uns et des autres aux nouvelles normes. Les concepts et métaphores décrivant nos métropoles et nos modes de vie se multiplient voire s’opposent (ville compacte/ville émergente). Les représentations du « désir de villes » à forte urbanité et sociabilité côtoient la dévalorisation de la forme urbaine dominée par des logiques circulatoires. Est affirmé le désir d’égalité face à l’accès au logement, au travail, à sécurité et la culture et, plus largement, à tous les services urbains, alors même que certains vecteurs de régulation comme la mobilité résidentielle sont en panne. Alors que la valeur sociale et économique de l’accessibilité et de la mobilité est au plus haut, le logement reste la valeur assurantielle par excellence dans des sociétés incertaines de leur avenir. La société hyper mobile apparaît ainsi comme tout sauf désancrée.
Ces réflexions forment la toile de fond sur laquelle s’inscriront les questions soulevées dans cet atelier, qui invite à interroger les tensions présentes dans le champ de la construction, du fonctionnement et des usages de l’urbain. Pour révéler et analyser ces tensions, voire leur réduction, les questionnements sont organisés autour de trois idées ou thématiques.
Depuis l’invention et la maîtrise technique des procédés photographiques, avant le milieu du xixe siècle, l’évolution des outils et des pratiques de l’image, comme celle des médias de communication, s’est poursuivie à un rythme rapide, en parallèle du développement lui-même accéléré des villes et des métropoles.
À la croisée de ces deux mutations contemporaines, celle de la production effective des espaces habités et bâtis et celle des moyens permettant de l’observer, de la comprendre, de la concevoir et de l’organiser, se forment de nouveaux imaginaires urbains, de nouvelles représentations des villes et des territoires.
De l’œil cinématographique au balayage satellitaire, ces regards évolutifs, sont nourris à des degrés divers de préoccupations et de démarches techniques, artistiques, narratives, patrimoniales ou identitaires et leur enjeu est double. Il s’agit de s’approprier individuellement ou collectivement nos environnements urbains, mais aussi de les façonner spontanément ou suivant une planification, en dépassant le paradigme scénographique de la ville classique régi par la perspective et l’harmonie formelle, dont le xxe siècle a vu l’obsolescence.
Ces représentations, qui concernent différents types d’acteurs — concepteurs et producteurs des métropoles, citoyens, habitants et usagers — ne sont pas indépendantes les unes des autres. Elles ne se bornent pas aux domaines particuliers auxquelles elles se rattachent. Nous voyons ainsi chaque jour les images satellites envahir davantage notre quotidien, à travers GoogleEarth®, comme à dans les journaux télévisés, tandis que les architectes et les urbanistes élargissent leur palette d’outils en utilisant de plus en plus les images animés, les séquences et les cadrages du cinéma ou de la vidéo. Les transformations effectives des villes et des territoires s’imposent aux habitants et aux artistes dont elles façonnent les imaginaires, mais le contraire est aussi vrai, les représentations artistiques ou vernaculaires légitiment, orientent et déterminent la construction des métropoles. Les approches savantes élaborées par les hommes de l’art informent ainsi les réalités quotidiennes et les pratiques de l’espace populaires et spontanées où elles trouvent, par ailleurs, une part croissante de leur inspiration.
La nouvelle donne qui est la conséquence de la globalisation, focalise la réflexion sur la circulation et la transmission des modèles et des pratiques de l’espace. Elle accentue les interrogations afférentes aux influences et aux réceptions croisées entre des imaginaires ou représentations exogènes et locales construites et véhiculées par des acteurs engagés, à différents titres, dans la production de l’espace ; une situation qui incite, notamment dans le cadre de stratégies touristique, à se construire et se représenter dans le regard de l’autre.
Sans perdre de vue ces jeux de miroirs, on peut cependant distinguer les représentations, dans un souci méthodologique, selon qu’elles contribuent à s’approprier un territoire, à légitimer un projet, ou selon qu’elles permettent, dans une approche instrumentale de conduire une analyse ou de concevoir un aménagement. Dans le cadre de ce colloque, on se propose d’aborder ce questionnement général sur les représentations de la ville et les imaginaires urbains suivant trois thèmes de convergence et d’échange : idées de ville et imaginaires urbains ; les représentations au service du projet architectural, urbain et paysager, et les mises en scènes de la ville ;
Les mutations contemporaines des espaces physiques et sociaux, dans leur matérialité, dans les pratiques de leurs habitants, mais aussi dans les modalités de leur gestion et dans celles de leurs transformations, sont l’inévitable conséquence des changements dimensionnels qui affectent la ville et les échelles du projet architectural, de la fin de l’opposition ville / campagne, d’une mobilité toujours croissante et des nouveaux impératifs environnementaux. Elles entrainent le dépassement, voire l’obsolescence de la notion de ville et des imaginaires urbains, qui semblent désormais impuissants à rendre compte d’une façon satisfaisante des métropoles contemporaines.
Pour autant, assiste-t-on uniquement à l’effondrement d’une culture urbaine, où à l’émergence simultanée, plus ou moins implicite où plus ou moins consciente, de modèles et de représentations alternatifs ? Pareilles émergences ou reconstructions de nouvelles idées opératoires de villes, doivent-elle d’ailleurs être considérée comme une aspiration à la fois vaine et nostalgique ou comme un impératif et un but à poursuivre ? Et dans ce cas, quelles références urbaines, quelles formes d’expressions, quels supports de transmission, rassembler pour y parvenir ?
L’objectif de la réflexion est ici de s’interroger sur la diversité des représentations de la ville portées par des acteurs aux positions, aux stratégies d’actions et aux pratiques culturelles divergentes : représentations dites savantes et afférentes à l’univers des pratiques, simultanéité de stratégies d’images et de mises en scène de la ville (patrimoniale, touristique, identitaire, etc.). Certaines des représentations élaborées composent, sur différents registres, avec un passé plus ou loin lointain, procédant de lectures différenciées des héritages, voire de réinvention. D’autres sont dictées par la volonté de s’inscrire dans une modernité et de revendiquer une place et un rôle sur les scènes nationales, régionales et internationales.
Cette hétérogénéité est révélatrice d’écarts, voire de contradictions ou de conflits dans la façon de comprendre, de concevoir et de pratiquer les lieux habités avec lesquelles il convient de composer pour produire la ville. En parallèle, elle donne lieu à des dialogues particuliers entre les acteurs qui sont producteurs, en certaines circonstances, de représentations originales qui entrent en jeu dans les projets architecturaux, urbains et paysagers.
L’objet de la réflexion est de s’interroger sur l’entrée en jeu de nouveaux supports et outils de représentation, à différentes époques, et sur l’incidence de ces novations sur les façons d’appréhender, de comprendre et de produire la ville. Dans le contexte d’une généralisation de l’image animée et de l’imagerie numérique et du succès rapide de l’informatique, la mutation des outils de représentation, de conception et de diffusion est un phénomène dont la dimension anthropologique met en cause le cœur même de l’apprentissage des représentations et des projections spatiales, pour une discipline jadis fondée sur l’élaboration théorique précise de ses modes de représentation et une acquisition expérimentale de la maîtrise intuitive des équivalences entre l’espace architectural urbain et ses figurations graphiques.
La multiplication des outils et des supports de représentation et de communication permet-elle d’apporter des réponses plus pertinentes et de prendre en compte le changement de dimension des projets, la multiplication des acteurs, la diversité et l’imbrication territoires concernés ? Permet-elle de gérer la complexité croissante des termes de la négociation et les contradictions entre des stratégies antagonistes. Quelles sont les lectures qui vont au-delà des échelles du projet urbain ?
Quels sont les supports, les outils et les méthodes de lecture et d’interprétation qui permettent d’appréhender les éléments de complexité et d’ambivalence de la fabrication urbaine actuelle et les réalités matérielles de la ville contemporaine, de penser des approches inter-scalaires originales, la discontinuité urbaine, les enjeux environnementaux ?
Ces réflexions posent notamment la question des rapprochements, des associations et des dialogues entre plusieurs de ces différents médias, outils ou supports de représentation. En effet, les possibilités d’associations augmentent avec le nombre des outils ou des médias disponibles produisant des croisements, des confrontations ou de simples juxtapositions qui posent le problème de l’intérêt, de la cohérence, voire de la légitimité de la construction de nouveaux corpus et de méthodes susceptibles de les prendre en compte.